Autour du métal

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Le processus de réalisation

Dans la réalisation d’une œuvre, j’ai peu à peu défini quelques règles que je respecte sans hésiter :
- Travailler toujours deux ou trois sculptures à la fois. La singularité de chaque œuvre et de son état m’apparaît mieux. Il y en a toujours une pour laquelle je « vois » très bien la suite.

- Essayer beaucoup en variant les angles, les diamètres, le jeu des vides et des pleins. C’est là où l’aide d’un assistant s’avère le plus fondamental, sinon les va et vient pour opérer des fixations provisoires, à trois ou quatre mètres du sol, épuisent rapidement. La présence de l’assistant m’a permis, je crois, d’affûter mon regard plus tranquillement et d’accroître mon niveau d’exigence, ce qui s’avère particulièrement essentiel dans les formes épurées.

- La première soudure d’une pièce de métal reste toujours limitée (on dit « pointer » dans le métier de soudeur). Souvent je finis la forme d’ensemble avant de finaliser les soudures.

- En technique de soudure, j’essaie de progresser pour atteindre une meilleure maîtrise de la fusion et des effets de matière que laisse la soudure. Les cordons professionnels, s’ils assurent une fonctionnalité parfaite, donnent à la sculpture une trace insuffisamment poétique et accrocheuse. Des petits « pâtés » peuvent beaucoup mieux convenir à une surface un peu trop plate qu’une ligne très calée dans sa droiture et qui marque une séparation.

D’une façon générale, en sculpture, il me semble que la géométrisation parfaite des cotes et des courbes n’est pas forcément positive. Il me semble que l’œil perçoit des petits décalages favorables à la relation à l’œuvre et à sa vie. Tout est question de proportion et d’ensemble.

Je constate que toutes les idées de sculpture qui me viennent conduisent au métal et plus jamais au bois depuis quelques années , donc je suis le mouvement intérieur.

- Pour concrétiser une idée, je dessine des « crobards » (c’est comme ça que j’appelle mes dessins préparatoires et malhabiles d’exploration). Je passe assez vite à un essai matière, dès que je sens l’esprit d’ensemble de la forme. Lorsque la structure élémentaire (3 ou 4 tiges posées dans l’espace avec leurs courbes, leurs angles et leurs diamètres) me satisfait, je continue « à l’œil » en tournant et en essayant ….

- De longues contemplations sont requises pour s’imbiber des effets crées, les approfondir, les prolonger, les transcender, par une forme analogue par exemple.L’œil de plus en plus aiguisé, affûté, se trouve toujours au cœur de l’exigence, de la qualité du dialogue secret entamé avec les « regardants ».
La fréquentation des enfants dans les classes, en présence des œuvres, m’a appris deux choses essentielles : les enfants sous- estiment le temps requis pour bien voir et ils ne perçoivent pas assez que chaque regard est singulier, placé au centre de la personne qu’ils deviennent.
Ces deux éléments captent peu leur attention quand je leur en parle, du moins en apparence.

- Le rôle du créateur étant plus structurant au départ avec le métal qu ‘avec le bois, l’élaboration laisse plus de place aux formes personnelles, à la référence à des espaces urbains ou architecturaux. Cela conduit à la décantation progressive de mon écriture de sculpteur et à la perception des cheminements qui me font parler le plus profondément, au fil des années.

Les lignes d’inspiration, la résonance recherchée pour l’urbain ou le jardin, sont des questions que j’aborde dans la présentation générale de mon travail (voir grandes œuvres urbaines). Le commentaire de chaque sculpture métallique enrichit, je l’espère, la réflexion de ceux qui souhaitent aller plus loin.

Pour résumer, dans chaque sculpture, vous trouverez plusieurs des éléments suivants :
- Une relation du vide et du plein qui cherche à faire circuler le regard sur plusieurs « plans ».
- Le jeu des formes en métal, pour créer une variation des formes d’ombres, avec la course du soleil ou la lumière.
- Donner un vrai rôle à la couleur avec les filtres en plexiglas et les pigments, sur les motifs de la tôle.
- Le mouvement initié par le vent, les courants d’air ou le doigt, possible grâce à la flexibilité plus ou moins grande laissée au métal.
- Un travail de soudure qui fait « matière » et donne une perception plutôt poétique du travail.


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