Autour du métal

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Options techniques

Pour travailler le métal, des choix techniques se sont imposés concernant l’équipement, les matières, les méthodes pour souder, découper ou déformer les pièces nécessaires.
Pas question pour moi d’installer un équipement lourd, pour travailler et déplacer des pièces lourdes. J’ai trop de souvenirs négatifs de sculptures commémoratives tellement pesantes qu’elles étouffent tous les rêves, tous les envols affectifs ou spirituels, heureusement elles donnent une certaine présence à la mémoire collective.
Je tiens profondément à rester dans des projets de sculpture pouvant se réaliser seul ou avec un seul assistant (c’est le cas depuis juin 2007). Le plaisir physique de cette philosophie de mobilisation du corps pour tordre et déformer le métal, avant de souder, me concerne profondément. Une installation dérisoirement légère suffit d’ailleurs pour faire des courbes réussies avec le fer à béton, même de 16 mm de diamètre.

Pour la tôle, mon deuxième matériau de base, réussir les déformations avec les motifs de rouille attentivement sélectionnés et découpés est difficile, surtout si la tôle est épaisse.
Il y a une limite à intégrer et des astuces à trouver en permanence. C’est stimulant, d’autant que chauffer le métal pour l’amollir modifie son aspect de surface, ce qui est exclu pour l’instant.

Le fer à béton, avec ses cannelures, capte remarquablement la lumière, en accrochant le soleil, le pluie, le gel, la neige ou la lumière artificielle.
Le fer à béton assure une possibilité (maîtrisable) de mouvement et de vibration que j’utilise beaucoup, en variant les diamètres des barres et les distances entre soudures. Dans le processus de réalisation, le « repentir », comme disent les peintres, s’avère aisé. Une coupe et une soudure, et voilà l’angle changé ou la distance modifiée.
La prudence nécessaire pour le travail du bois fait place à une liberté d’essai et de création qui procure un grand plaisir. Parfois je remplace les fers à béton par des tuyaux d’un diamètre plus important. La tôle est elle aussi assez flexible pour créer des creux ou des bombages arrondis et modifier une perception de la forme dans l’espace.
Le fer fait le vide si on peut dire, et la tôle habille, densifit, enrichit, oriente ou déforme l’espace crée. A chaque sculpture, un rapport entre les vides et les pleins proposés à l’œil, sous différents angles, s’avère un des choses les plus délicates à réussir.
Ce constat est d’autant plus important si l’on essaie, comme je le fais, d’utiliser un va et vient « vide-plein » pour les œuvres figuratives, dans une écriture contemporaine (par exemple pour Don Quichotte, Sancho Pança, La danseuse bleue, Le cadre de vie).
Je pense que mes choix de matières contribuent, du moins je l’espère, à rapprocher l’art contemporain du grand nombre des intéressés ou sensibles potentiels. La « banalité » de la tôle et du fer à béton laisse tout le champ à la singularité de la création, sans barrière suscitée par la matière.

Ma satisfaction est grande quand je trouve chez un ferrailleur (appelé maintenant recycleur de métaux !) une série de tôles entières, bien marquées par leur histoire ou leurs « fréquentations » de stockage. Certains motifs de rouille me touchent profondément et j’essaie de transmettre cela au mieux.
Souvent même, j’ajoute la couleur avec de plus en plus d’audace, pour faire chanter le motif et apprivoiser le métal, de réputation froide. Probablement que je ne travaillerai jamais avec de l’aluminium ou de l’acier inoxydable froids de couleur et imperturbables aux intempéries. La sensibilité humaine, sauf chloroformée, a besoin de retrouver, dans ses objets du quotidien et de l’exceptionnel, un contact avec des matières qui accueillant des marques du temps et de l’usage.

Avec la Tour de Babel, j’ai utilisé de nombreux pigments pour réaliser les fresques de l’intérieur (sur 6m20 de haut). Les pigments se mélangent aisément dans le produit de protection et se superposent bien, en laissant de belles transparences, à condition de déposer des couches très fines de produits.
Pour en terminer avec les matières utilisées, il me faut dire quelques mots sur le plexiglas et le verre qui contribuent presque toujours, à mes œuvres urbaines ou de jardin.

Pour le verre, il s’agit de billes plus ou moins grosses pour capter la lumière dans un espace qui s’avère un peu éteint, ou de faire briller un œil dans la tête d’un cheval ou d’un personnage, leur redonnant ainsi une présence, une couleur d’expression dans le regard.
Le plexiglas est acheté en plaques colorées dans la masse (je ne prends que du bleu !) ou transparentes, dont je réalise les couleurs sous forme de petits « tableaux », le plus souvent. Il est rare que la couleur soit unique et le plexiglas est chargé d’apporter une transparence et un travail de filtre ou de projection de lumière colorée (voir Pantagruel, Le temple du toujours plus, ou encore « La tour des lutins » par exemple dans « sculptures en métal »).
Pour moi la couleur est vraiment une matière à part entière, dans la mesure ou sa présence modifie l’équilibre, la lecture partielle ou globale d’une œuvre. De plus, le plexiglas en partie flexible, se travaille ou se déforme de façon intéressante. C’est la seule matière que je chauffe pour la déformer (sinon elle casse).


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