A la ville
Article de press | Mon positionnement de créateur | Mes lignes d’inspirations pour la sculpture en métal | Ma perception de l’évolution des villes | Quelques points de méthode pour les projets urbains | Conseil du service des espaces verts d’une municipalité | Le choix d’une œuvre déjà réalisée pour un lieu | Des exemples qui font réfléchir | En forme de conclusion
Mon positionnement de créateur
Pour Edgar Morin (dans un livre de 1996, édité dans la collection Point, au Seuil, « Terre patrie ») « l’homme habite la terre, prosaïquement et poétiquement. Prosaïquement en travaillant, en visant des objectifs pratiques, en cherchant à survivre et poétiquement en chantant, rêvant, en jouissant et en aimant, en admirant ». Cette conception me va parfaitement, mais j’ajouterais volontiers à la liste du poétique, l’exploration de l’inconnu et la création, quelle qu’en soit la forme.
La sculpture, avec sa dimension et ses matières, cherche à mêler le prosaïque et le poétique, sauf quand elle devient par trop « conceptuelle ».
Dans mon cheminement, se trouve en permanence cette double présence des questions, techniques et pratiques, et du projet d’inscrire dans la matière la sensibilité et l’émotion d’une expérience intérieure.
Une œuvre d’art cherche en principe le singulier, en étonnant, en séduisant, en apportant une résonance ou une rupture, en plaçant celui qui regarde dans un champ ou un angle différent. Pas pour refaire le monde mais pour enrichir le flux de vie du quotidien et élargir le sentier de l’habitude.
Mon approche des œuvres urbaines
Les repères se sont élaborés avec le temps et l’expérience. Mon approche, figurative ou abstraite, bénéficie maintenant de quelques orientations claires, développées ici :
- Apporter du singulier en résonance positive avec le lieu d’accueil.
Une manière de résister à l’emprise sociétale actuelle qui conduit au comportement standard , à la pensée unique et à la mollesse démocratique. C’est pour moi un des rôles de l’art.
- Créer les sculptures selon mes projets, sans contraintes externes, et espérer qu’elles trouveront un lieu pour elles (voir Don Quichotte).
- Faire vivre le plus possible les liens avec les autres arts (poésie, peinture, danse , musique en particulier) (voir Tour de Babel et Kiosque à rouleau).
- Proposer l’exposition d’un ensemble de sculptures dans une ville, avec des rencontres programmées avec les habitants, adultes ou jeunes. Ceci selon la philosophie suivante : « pour les œuvres d’art, l’essentiel est ce que chacun perçoit, imagine ou ressent. Il ne s’agit ni de savoir, ni d’habitude, mais d’émotion, de sensibilité et de la résonance d’une œuvre avec quelques chose en soi…
Prendre le temps de regarder et accepter ce que l’on ressent, que ce soit positif, négatif ou indifférent ».
Propos que je répète dans mes docs de présentation des expos.
Les occasions de rencontre accélèrent mon cheminement dans le travail et semblent appréciées. (voir « Echanges et rencontres », chapitre « les propositions »).
- Essayer de trouver une manière ouverte de proposer « un projet pour un lieu », soit à la suite de la demande d’un groupe décisionnaire (municipalité, entreprise, institution politique), soit à mon initiative pour des cas exceptionnels. Je progresse sur la méthode mais les expériences sont rares et le système concernant l’art m’apparaît très rigidifié.
Produire des œuvres pas trop vulnérables dans les parties basses, rendre possible la caresse du toucher car la sculpture est une affaire de matière…et à percevoir en direct, sans besoin de mots ou d’explication, même si un échange peut élargir le regard et faire mieux sentir le créateur sous la matière.
Mes lignes d’inspirations pour la sculpture en métal
Quatre lignes se sont avérées au cours des expériences de réalisation en métal:
1 Donner une relecture contemporaine d’un personnage ou d’un mythe, à partir des imaginaires encore vivants dans les têtes, les pays ou les cultures. (voir Tour de Babel, Don Quichotte et Sancho Pança, Pantagruel).
2 Créer des formes bien en relation avec l’environnement général (capter les variations du jour, le soleil, la pluie, la lumière). C’est à dire utiliser la flexibilité du métal, choisir des matériaux et des finitions qui accrochent bien la lumière, utiliser des filtres pour projeter des couleurs…. (voir Le kiosque, L’envolée, La boule de cuivre, Figures libres, La maison du poète, La petite maison de guingois).
3 Donner une expression inhabituelle à des formes ou symboles auxquels je suis particulièrement sensible (voir Jazz, La danseuse bleue).
4 Traduire avec mon langage de sculpteur certaines perceptions de la société dans laquelle je vis. (voir Le temple du toujours plus, ? la gouvernance de notre terre !?, Cadre de vie, la Madone des non-dits).
Par ailleurs, deux recherches me préoccupent qui concernent les limites d’une épure et l’expression de la complexité dans mon langage de sculpteur, cette complexité étant à mes yeux, définitivement associée au vivant.
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